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Dai Sijie


1954 : Naissance de Dai Sijie le 2 mars à Putian, grande ville de la province du Fujian au sud est de la République Populaire de Chine, face à Taïwan.

1966 : Dès le début de la Révolution culturelle, les parents de Dai Sijie, médecins, sont emprisonnés par les gardes rouges car considérés comme « ennemis du peuple ». Le grand père de Dai Sijie, pasteur, subit également les foudres de la « justice révolutionnaire » qui lui repproche d'être au service des capitalistes étrangers. Le jeune garçon, séparé de ses parents, voit ses conditions de vie se dégrader de façon considérable.

1971 : Dai Sijie, comme de nombreux Chinois des classes moyennes et supérieures, est envoyé dans les montagnes du Sichuan, grande province centrale de la Chine. Mao Zedong veut « rééduquer » les « ennemis du peuple » par le travail manuel. Ainsi, les « intellectuels bourgeois » doivent partager le travail des paysans et oublier leurs critiques à l'égard du communisme radical.


1974 : Dai Sijie est autorisé à rentrer chez lui et retourne au lycée.

1976 : Mort de Mao Zedong et fin de la Révolution culturelle. Dai Sijie part étudier l'histoire de la peinture chinoise à l'Université de Pékin. Il s'intéresse également à la littérature occidentale, très différente de la littérature chinoise.

1978 : Dai Sijie est consulté pour le scénario du film Le dernier empereur, de Bernardo Bertolucci. Il participe à des réunions à Pékin durant lesquelles il est chargé de donner son point de vue sur l'empereur Puyi (1906-1967) et la Chine de l'époque.

La République Populaire de Chine envoie des élèves boursiers à travers le monde. Dai Sijie passe un concours pour partir au Japon étudier l'histoire de l'art. Puis le gouvernement chinois lui propose, sous condition d'apprendre le français pendant un an, de partir étudier en France. Dai Sijie, motivé comme beaucoup de ses camarades par la volonté d'aller à l'étranger pour en ramener les idées qui changeraient la Chine, accepte immédiatement.


1984 : Dai Sijie arrive à Paris où il intègre l'Institut Des Hautes Etudes Cinématographiques (IDHEC). Il réalise Le temple de la montagne, un court-métrage tourné en Chine dans la clandestinité, qui narre la rencontre d'un paysan montagnard et de deux jeunes étudiants en rééducation.

1987-1988 : Après ses études de cinéma, Dai Sijie veut rentrer en Chine pour réaliser son premier long-métrage, mais le tournage dans son pays natal lui est refusé par les autorités, du fait d'un scénario jugé subversif. Il prend alors la difficile décision de rester en France pour se consacrer à ce projet.

1989 : Sortie en France de Chine, ma douleur, tourné dans les Pyrénées. Le film traite de la Révolution culturelle vue à travers les yeux d'un enfant de 13 ans que les gardes rouges envoient en rééducation. Ce film fait connaître Dai Sijie d'un assez large public et la critique lui réserve un beau succès d'estime. Il est invité sur les plateaux de télévision. Chine, ma douleur obtient le Prix Jean Vigo, est sélectionné pour la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes et reçoit une mention spéciale au Festival de Locarno. La même année ont lieu les évènements de la place Tian'anmen à Pékin, qui débouchent sur le massacre du 4 juin.


1994 : Dai Sijie co-réalise, avec Nadine Perront, un second long-métrage, Le mangeur de lune. Cette comédie, qui montre la rencontre dans un train entre Marcel (qui se prend pour un épouvantail) et un clown russe d'origine africaine, ne rencontre pas le public, mais obtient cependant le Prix spécial du Jury au festival de Prague.

1995 : Les autorités chinoises autorisent enfin Dai Sijie à retourner en Chine.

1998 : Retour en Asie avec un troisième long-métrage, Tang le onzième, qui narre la tragique histoire d'un jeune villageois du sud de la Chine, orphelin de mère, renié par son père et par son village. Les autorités chinoises pensent que Dai Sijie veut refaire un film à caractère subvsersif et lui refusent de tourner en Chine sans même avoir pris connaissance du scénario. Le film se fait donc au Vietnam.

2000 : Parution de Balzac et la petite tailleuse chinoise, roman largement autobiographique écrit en français. Dai Sijie revient avec beaucoup d'humour sur un thème qui lui est cher : la Révolution culturelle chinoise. Il raconte les péripéties de deux lycéens envoyés en rééducation dans les montagnes du Sichuan qui, en trouvant une valise de livres d'auteurs interdits (Balzac, Hugo, Dickens, Rousseau ...), vont voir leur quotidien et celui de leur amie, tailleuse au village, bouleversé.
Le roman connaît très vite un immense succès, il est le best seller français de l'hiver 2000 et reçoit de nombreux prix littéraires. Il est traduit dans plus de 25 langues. Il est cependant longtemps interdit en Chine car, s'il ne vise pas directement le gouvernement chinois de l'époque, il met en avant des idées qui ne sont pas du goût des autorités. Un éditeur chinois se décidera quand même à publier le roman, en prenant soin de le préfacer et de le postfacer de manière à faire admettre cette édition aux autorités.


2002 : Sortie de l'adaptation cinématographique de Balzac et la petite tailleuse chinoise, que Dai Sijie a l'autorisation de tourner en Chine, qui plus est dans la province natale de Mao Zedong, le Hunan. Paradoxalement, sa diffusion sera interdite par les autorités chinoises, comme les précédents films de Dai. En Occident, par contre, le film remporte un très grand succès. Il est à ce jour le seul film chinois réalisé avec des capitaux 100% français.

2003 : Parution du second roman de Dai Sijie, Le complexe de Di. Ce récit burlesque, surréaliste, met en scène Muo, antihéros installé en France, qui revient dans une Chine capitaliste ayant du mal à se défaire des tares de son reliquat communiste. Muo tente d'appliquer la psychanalyse freudienne à ses concitoyens. Dai Sijie auto-censure la version chinoise par trois fois, mais le roman demeure interdit de publication en Chine. En France, il remporte le Prix Fémina 2003.

2005 : Sortie du cinquième long-métrage de Dai Sijie, Les filles du botaniste. Inspiré d'un fait divers chinois, il raconte la liaison amoureuse qui lie, dans la Chine des années 1980, une jeune femme et la fille de son maître de stage, un botaniste autoritaire. Le film traite d'un sujet encore très tabou en Chine, l'homosexualité. Bien que tourné en mandarin avec des capitaux français et canadiens, les autorités chinoises refusent que le film soit réalisé en Chine. Dai Sijie se rabat donc, comme pour Tang le onzième, sur le nord du Vietnam pour le tournage. Il peine à trouver des actrices chinoises acceptant de jouer les premiers rôles, certaines auraient même subi des « pressions officielles » pour renoncer à ce projet. Comme tous les films de Dai Sijie, il ne sortira pas sur les écrans de son pays natal. L'héroïne principale sera interprêtée par l'actrice franco-chinoise Mylène Jampanoï.

2007 : Parution du troisième roman de Dai Sijie, Par une nuit où la lune ne s'est pas levée. A travers trois chapitres, trois périodes, « Chine » (1978-1979), « Errances » (1979-1990), « Pékin » (octobre 1990), l'auteur revisite, recompose le passé récent d'un pays complexe, et donne à comprendre aux Occidentaux certains éléments sans lesquels comprendre la Chine est impossible. Histoire officielle, histoire personnelle, regard d'un Chinois relativement occidentalisé, ce roman dépeint la société chinoise et ses contradictions comme peu d'ouvrages l'ont fait auparavant.

2009 : Parution de L'acrobatie aérienne de Confucius, roman narrant la vie de l'empereur aux quatre sosies Zheng De, monté sur le trône en 1505, sous la dynastie des Ming, célèbre pour sa grande excentricité et sa vie sexuelle mouvementée.

Texte : Baptiste Chrétien
Interview : Dennis Pereira-Egan