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René Depestre


1926 : Le 29 août, naissance à Jacmel, une petite ville côtière d'Haïti où son père était préparateur en pharmacie.

1936 : Lors du décès de son père, sa mère gagne Port-au-Prince avec ses cinq enfants. Vivant dans un quartier pauvre de son métier de couturière, elle fait tout son possible pour les envoyer à l'école. René Depestre demeure un temps chez sa grand-mère maternelle à Jacmel, où il va l'école primaire chez les Frères de l'Instruction chrétienne.


1940-1944 : Études secondaires au lycée Pétion Port-au-Prince.

1945 : À dix-neuf ans il prépare le baccalauréat quand paraît Etincelles, son premier recueil de poèmes. L'ouvrage reçoit un accueil exceptionnel et le fait remarquer par les grands maîtres de la littérature haïtienne tels Léon Laleau, Jean-Price Mars, Jean-François Brière, Clément Magloire Saint Aude, mais aussi par des écrivains comme André Breton et Aimé Césaire. Après ce succès, René Depestre fonde le journal La Ruche avec Jacques Stephen Alexis, Théodore Baker et Gérald Bloncourt.

La revue rend hommage au surréalisme mais elle incite aussi la jeunesse à réagir contre la dictature Lescot en se solidarisant avec le peuple. Le journal est rapidement saisi et ses rédacteurs sont emprisonnés. S'ensuit un grand mouvement populaire qui provoque la chute du gouvernement en place. Toutefois, les militaires reprennent le pouvoir. 1946 : Durant ces évènements, le jeune poète écrit un second recueil, Gerbe de sang. Il participe ensuite à la création du parti marxiste haïtien avant de partir, en 1946, poursuivre ses études à Paris. « Nomade enraciné », René Depestre emporte son île avec lui : elle est le terreau dont il nourrira son oeuvre.

1946-1950 : Le jeune homme étudie les lettres à la Sorbonne, tout en approfondissant ses connaissances en sciences politiques. Il rencontre Eluard, Aragon, Tzara, Cendrars, Claude Roy, Seghers, Guillevic, Elsa Triolet... Il fréquente les intellectuels du mouvement de la Négritude : Aimé Césaire, Frantz Fanon, Damas, Alioune Diop, Édouard Glissant. Il contribue à la création de la revue Présence africaine et milite pour la décolonisation, raison pour laquelle il est expulsé de France en 1950. Il part alors pour Prague avec sa femme, Edith Gombos Sorel, une Juive hongroise qu'il épouse en 1949 et qui apparaît dans ses poèmes sous le nom de Dito. En Tchécoslovaquie, René Depestre rencontre V. Nezval, Pablo Neruda, Jorge Amado, Ilya Ehrenbourg. Il découvre aussi les réalités du stalinisme.

1952-1955 : Invité à taire ses positions critiques, inquiété par la police et l'administration, il décide de partir pour Cuba qui l'expulse eu après. Alors, avec son épouse, il vivra successivement au Chili, en Argentine et au Brésil. Au Chili, René Depestre participe à l'organisation du Congrès continental de la culture, avec Jorge Amado et Pablo Neruda. Au Brésil, pendant deux ans, il milite clandestinement au parti communiste brésilien.

1956 : Il revient en France en 1956 et séjourne au Moulin d'Andé où Suzanne Lipinska accueille ses amis intellectuels : Maurice Pons, Hubert Juin, Jacques Perry, René de Obaldia et Richard Wright. Le lieu est propice à la réflexion, aux échanges, à l'écriture. René Depestre fréquente aussi d'autres poètes haïtiens comme Jacques Stephen Alexis. Il participe au premier congrès panafricain organisé par Présence africaine. Il écrit dans cette revue ainsi que dans Les Lettres françaises et Esprit. Minerai noir paraît dans Présence africaine. À cette époque, il rompt officiellement avec le stalinisme.

1957 : René Depestre retrouve Haïti à la faveur de la chute du gouvernement Magloire et de l'élection de François Duvalier. Les deux hommes se connaissent, pour avoir vécu dans le même quartier pauvre quand ils étaient enfants. Au cours d'une entrevue, Duvalier expose à René Depestre son programme totalitaire. Il lui propose aussi le poste de Responsable culturel des affaires étrangères. Depestre refuse et dénonce cette nouvelle dictature en Haïti. Les Tontons Macoutes le menacent et il passe une année en résidence surveillée.

1959 : Il rejoint la révolution cubaine qui vient de triompher du dictateur Batista à Cuba et le réconcilie avec le socialisme. Le poète s'y engage avec fièvre aux côtés de Nicolas Guillen, Che Guevara et Fidel Castro.

Il reçoit une formation commando et s'investit dans la réforme agraire et dans le programme d'alphabétisation. Au cours de la vingtaine d'années qu'il passera à Cuba, il travaillera au ministère des Relations extérieures, aux Éditions nationales, au Conseil national de la culture. Il sera chroniqueur et producteur d'émissions culturelles à Radio-Habana-Cuba. Ses fonctions l'amèneront à voyager dans le monde socialiste en URSS, en Chine et au Vietnam, où il rencontre Mao-Tse-Toung, Chou-en-Lai, Hô Chi Minh. 1961 : Il se sépare d'Édith et épouse Nelly Compano en 1963, une Cubaine qui lui donnera deux enfants, Paul-Alain et Stéphane.

1966 : Il traduit Le Grand Zoo de Nicolas Guillen, publié chez Seghers, et l'importante Anthologie de la poésie cubaine d'Heberto Padilla et Luis Suardiaz.

1967 : Un Arc-en-ciel pour l'Occident chrétien est publié par la revue Présence africaine.

1968 : Il participe au Congrès culturel international de La Havane où se réunit l'intelligentsia mondiale.

1971 : La révolution cubaine se radicalise à l'image du modèle soviétique. Quand Heberto Padilla est victime d'un procès politique, Depestre prend fait et cause pour le poète et dénonce le stalinisme qui s'instaure à Cuba. Il est écarté du pouvoir.

1973 : Poète à Cuba est une réflexion sur son expérience cubaine.

1978 : Il met fin à son expérience cubaine quand il obtient un poste au Secrétariat de l'Unesco à Paris. De retour en France, il rompt avec tous les marxismes et se consacre à l'écriture.

1979 : Parution de son premier roman, Le Mât de cocagne.

1982 : Alléluia pour une femme jardin qui reçoit le prix Goncourt de la Nouvelle.

1986 : Il prend sa retraite dans l'Aude et fait paraître deux ans plus tard Hadriana dans tous mes rêves, roman couronné par de nombreuses distinctions, dont le Prix Renaudot et le Prix de la Société des gens de lettres.

1993 : Prix Apollinaire pour son Anthologie personnelle.

Il vit toujours dans l'Aude où il poursuit son oeuvre.

Texte : Baptiste Chrétien
Interview : Jean-Claude Djian
Texte Faq : Baptiste Chrétien