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Mohamed Kacimi


Mohamed Kacimi-El-Hassani est né à El Hamel en 1955 où il a connu une enfance « dorée », protégée, dans la zaouïa d'El Hamel. Cette cité citadelle aux portes du désert, dans le sud algérien, est en effet une sorte de monastère fortifié construit en pisé, et pendant les premières années de sa vie, Mohamed Kacimi y a vécu coupé du monde extérieur, qu'il soit algérien ou français.

Mais cet isolement était néanmoins ouverture, grâce à l'immense culture de deux grands-pères théologiens qui, par leur maîtrise de la religion, ont donné à leurs enfants, petits-enfants et aussi aux femmes la liberté la plus absolue : liberté du corps et liberté de parole. Toutes les femmes de la zaouïa savaient en effet lire et écrire, et les filles étaient admises à l'école coranique. A l'époque des « yé yé », les cousines de Mohamed Kacimi portaient des minijupes, lisaient « Salut les copains » et étudiaient le Coran. L'intégrisme était absent de cet univers voué à la religion, à la poésie et à la culture. La zaouïa était aussi une immense bibliothèque.

Mohamed Kacimi rapporte deux anecdotes montrant la toute puissance du verbe et de la connaissance. Dans les années 70, menacé par les bulldozers du président Boumédienne qui prétendait raser la cité sainte, son grand père affichait une totale indifférence qu'il justifiait ainsi : « Nous habitons la langue et pas les lieux . » À l'approche de sa mort en 1990, ce même grand père refusa à ses côtés la présence de ses proches, et il demanda plutôt à être entouré par des ouvrages de sa bibliothèque.

Mohamed Kacimi a été formé conjointement par l'école coranique et par l'école française.

Il a connu son premier coup de foudre pour la littérature lorsqu'il a entendu l'un de ses maîtres lire Le dormeur du val de Rimbaud. Par la suite, il a découvert d'autres auteurs : Breton, et « l'art du désordre » qu'est à ses yeux le surréalisme ; Flaubert, dont il partage l'obsession des mots, de la langue ; et bien d'autres : Jules Verne, Fourier, Proudhon ...

Très tôt il a fait le choix de la langue française, voulant se construire ce qu'il appelle « ce petit lopin de langue », un choix intime, personnel, afin de s'extraire de la pesanteur de « l'héritage millénaire de la mémoire de la tribu.

Dès l'âge de treize ans, il rêve de quitter l'Algérie, et à partir de seize ans il fait de fréquents voyages en bateau vers Marseille. Pourtant la France est pour lui un « rêve lucide » : il connaît les difficultés des immigrés. Exalté par la victoire socialiste de 1981, il prend l'avion pour la France et il vit à Paris depuis cette date. Il y découvre alors « l'exotisme » des problèmes matériels du quotidien qu'il vit comme une sorte d' « expiation » par rapport à l'enfance dorée qu'il a connue.

Il se consacre aussi à l'écriture, et se heurte à la difficulté d'entrer dans le milieu littéraire (Le mouchoir est refusé par 14 éditeurs). Il est alors contraint d'exercer plusieurs métiers : professeur d'alphabétisation, pigiste, traducteur, « nègre ». En même temps, il réalise une oeuvre très diverse de romancier, d'essayiste et de dramaturge ».
Il écrit aussi pour la littérature de jeunesse, car ainsi qu'il le formule lui-même, « Un auteur n'est pas sérieux s'il n'écrit pas pour les enfants. » ».



Texte : Michel Carreaux
Interview : Jean-Claude Djian
Texte Faq : Michel Carreaux


© Mohamed Kacimi