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Vénus Khoury-Ghata


1937 : Vénus Khoury naît à Baabda, près de Beyrouth, dans une famille catholique.
Son père est un ancien moine devenu militaire, après avoir été quelques années interprète au près d’un haut-commissaire en France. C’est lui qui transmet la langue française à ses enfants. Sa mère est d’origine modeste, paysanne, native de Bcharré, une petite ville de montagne au nord du pays, où Vénus passe les trois mois d’été durant toute son enfance. Sa tante y est l’institutrice, un personnage très respecté. Le reste de l’année, Vénus vit à Beyrouth, une ville qu’elle n’aime guère, ce pourquoi le Liban qu’elle décrira plus tard dans son œuvre est celui de Bcharré, de la vallée de la Qadicha, et non pas celui de la capitale.

Bcharré est la ville natale du grand poète et peintre Khalil Gibran (1883-1931). Sa sépulture domine d’ailleurs la ville qui lui voue un véritable culte. Comme dans tout le Moyen-Orient, la poésie occupe une grande place dans la culture libanaise. Bien que son père, homme sévère et rigide, y soit hostile, et que sa mère soit quasiment analphabète, Vénus nourrit très tôt un grand intérêt pour cet art.
Son frère aîné de trois ans, Victor, écrit dès l’âge de 12 ans de jolis poèmes qu’il fait lire à sa sœur, en cachette de leur père.


1952 : Victor, le grand frère de Vénus, part pour la France, où un grand éditeur lui a promis de publier ses poèmes. La famille n’aura pas de nouvelles de lui pendant deux ans, hormis une carte postale de Paris.

1954 : Victor revient au Liban, n’ayant pas réussi à être publié en France. Perdu, malheureux, il a sombré dans la toxicomanie. Son père, pour le punir plus que pour le soigner, le fait interner dans un hôpital psychiatrique. Victor y subit des électrochocs, tente de s’enfuir à plusieurs reprises, puis subit une lobotomie. À vingt-deux ans, il est désormais dans l’incapacité totale d’écrire, « réduit à l’état de légume » comme le dit sa soeur. C’est certainement ce qui la pousse à l’écriture : le devoir de « remplacer » ce frère mutilé.



1957 :Vénus se marie à un homme important et riche. Elle aura trois enfants de ce premier mariage, qui vivent toujours au Liban.

1959 : Comme Vénus Khoury est une très belle jeune femme, elle est élue Miss Beyrouth à 22 ans. Son père est alors très fier d’elle, et Vénus dit ne l’avoir jamais vraiment aimé que durant cette courte période.


Années 1960 : Après des études à l’École supérieure des Lettres de Beyrouth, elle exerce notamment la profession de journaliste.

1966 : Elle publie à Beyrouth son premier recueil de poèmes, Les visages inachevés.

1968 : Elle publie chez Seghers, à Paris, un deuxième recueil de poèmes intitulé Terres stagnantes.

1970 : Vénus rencontre Jean Ghata, scientifique spécialiste des rythmes biologiques, venu à l’Université Américaine de Beyrouth donner une conférence. Amoureuse du chercheur français, elle divorce de son mari libanais.

1971 : Elle publie son premier roman, Les inadaptés, aux éditions du Rocher.

1972 : Vénus épouse Jean Ghata et s’installe avec lui à Paris. Elle a 35 ans, et les années 1970 voient s’intensifier les conflits politiques violents au Liban.

1975 : Naissance de sa fille, Yasmine Ghata, à Paris, alors qu’au Liban éclate la guerre civile qui ravagera le pays durant quinze années et fera plus de cent mille victimes. Victor, le frère de Vénus, refuse de quitter l’hôpital psychiatrique dans lequel il vit depuis vingt ans, pourtant soumis aux bombardements.

À Paris, Vénus se lie d’amitié avec de nombreux poètes comme Gorges-Emmanuel Clancier, Alain Bosquet, Robert Sabatier, Jean Orizet ou encore Jean Rousselot. Elle collabore à la prestigieuse revue littéraire Europe.

Durant la guerre civile, ses trois enfants libanais la rejoignent à Paris. Ils vivent avec elle quelques années puis repartent pour travailler avec leur père au Liban.

1978 : Son recueil de poèmes Les Ombres et leurs cris, publié chez Belfond, obtient le Prix Apollinaire.

1981 : Son mari Jean Ghata décède. Vénus Khoury-Ghata ne parvient pas à faire son deuil, elle sombre dans une sorte de déni de la réalité qu’elle transmet à sa fille. Yasmine Ghata fera paraître un roman, Muettes (Fayard, 2010), qui relate cette sombre période.


1987 : Son recueil de poèmes Monologue du mort, largement influencé par la maladie puis le décès de Jean Ghata, obtient le Prix Mallarmé.


1993 : Vénus Khoury-Ghata reçoit le Grand Prix de Poésie de la Société des Gens de Lettres, pour l’ensemble de son œuvre.

1997 : Publication de Anthologie personnelle, recueil poétique qui reçoit le Prix Jules Supervielle.

2000 : Décès de son frère Victor. Vénus Khoury-Ghata lui rend hommage dans son roman Une maison au bord des larmes, paru en 2005, qui narre la douloureuse existence de ce frère tant aimé.

2003 : Son roman Le moine, l'Ottoman et la femme du grand argentier reçoit le Prix Baie des Anges, prix décerné à l’occasion du Festival du livre de Nice.

2009 :Vénus Khoury-Ghata reçoit le Grand Prix de poésie de l’Académie française, pour l’ensemble de son œuvre poétique.

Poète, romancière, critique littéraire, Vénus Khoury-Ghata est l’un des plus grands noms de la littérature francophone contemporaine. Elle fait partie de plus d’une dizaine de jurys littéraires, et son œuvre est traduite dans de nombreuses langues. C’est pourquoi elle voyage énormément à travers le monde. Mais elle fait surtout voyager ses lecteurs dans des textes où se mêlent presque toujours l’Orient et l’Occident, où se confrontent ou se rejoignent leurs conceptions du monde et de l’humain. Voyage à travers les mots aussi, puisque sa langue française est remplie de tournures arabes. « J’ai maintenant vécu aussi longtemps en France qu’au Liban, mais je ne suis pas guérie de mon Orient », aime à dire Vénus Khoury-Ghata. Une ambivalence qui transparaît dans une œuvre dense et riche.

Interview: Dennis Pereira-Egan
Texte biographie: Baptiste Chrétien