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Rouja Lazarova


1968 : Rouja Lazarova naît à Sofia, capitale de la Bulgarie, pays des Balkans alors sous domination du dirigeant soviétique Todor Jivkov.
Rouja grandit dans le bloc n°33, dans une ville où sont omniprésentes la propagande et la censure exercées par le régime soviétique, pour lequel elle nourrit très tôt une certaine aversion.
Années 1970 : Elle va à l'école, où elle porte l'uniforme et apprend à lire avec les textes de propagande et les quelques ouvrages étrangers autorisés par le régime.



Elle est notamment marquée par la glorification permanente du fondateur de la Bulgarie communiste, Georgi Dimitrov, momifié et placé dans un mausolée que les écoliers visitent régulièrement. Ce monument funéraire lui inspirera plus tard son roman intitulé Mausolée.



1983 : Rouja Lazarova étudie au lycée n°9 de Sofia, c'est-à-dire au lycée français. Entre les cours de français et les cours de maniement de la Kalachnikov, elle écrit ses premiers textes en bulgare. L'une de ses nouvelles est publiée dans la revue littéraire Rodna retch et c'est à ce moment qu'elle trouve dans l'écriture une échappatoire, une bouffée d'air frais vitales à sa survie.
1989 : Chute du mur de Berlin. Quelques semaines plus tard, le dictateur bulgare Todor Jivkov est destitué. Rouja Lazarova, qui étudie la littérature française à la Faculté, se joint aux importants mouvements étudiants qui militent pour la chute du régime communiste.

1990 : Comme beaucoup de ses jeunes compatriotes, Rouja Lazarova est extrêmement déçue par les résultats des premières élections libres, qui portent de nouveau les communistes au pouvoir. Elle comprend alors que son pays mettra très longtemps à changer, s'il y parvient un jour. Elle explique cela par le fait que le peuple bulgare est trop habitué à la soumission. La domination ottomane a laissé la place au régime soviétique, et les Bulgares ont, selon elle, beaucoup du mal à s'émanciper.

1991 : Rouja Lazarova, âgée de 23 ans, part pour Paris. Elle réalise ainsi un rêve d'enfance de quitter une Bulgarie ternie et paralysée par le soviétisme.


Années 1990 : Rouja étudie les Sciences politiques, avec le désir de décrypter l'histoire récente de l'Europe de l'Est, tellement biaisée en Bulgarie par la propagande et la censure, désireuse aussi de découvrir le monde qui l'entoure.



Elle travaille ensuite dans l'audit et la communication, chez Euro RSCG. Son intégration en France se fait donc par la grande porte, celle d'une certaine élite.
Mais Rouja se lasse du monde professionnel dans lequel elle évolue. Elle est rattrapée par son désir de liberté, d'aventure. Elle se remet alors à l'écriture, en français.



1998 : Elle publie son premier roman, Sur le bout de la langue, aux éditions 00h00.com. Il s'agit d'une maison d'édition numérique créée par l'ancien Directeur général de Flammarion Jean-Pierre Arbon. En avance sur son temps, car nous n'en sommes alors qu'aux prémices de l'édition en ligne, cette maison révèlera quelques écrivains aujourd'hui connus comme Rouja et Régis de Sà Moreira.



Rouja rompt à cette époque avec sa petite vie parisienne rangée et rejoint un groupe de motards auprès desquels elle découvre un milieu de fête, de liberté, de voyage et de marginalité. Cette expérience émancipatrice comptera beaucoup dans sa vie.

2000 : Parution de son second roman, Coeurs croisés, chez Flammarion. Titre inspiré du nom de la ligne d'une célèbre marque de soutiens-gorge, ce livre narre l'histoire de deux seins qui observent la vie cruelle et parfois immorale d'un cabinet de consulting. Une chronique socio-professionnelle pleine d'humour qui la révèle à un large public français.

Rouja se reconvertit, ou plutôt se recentre sur ses premières amours. Elle se fait écrivain à plein temps et gagne sa vie comme journaliste indépendante.

2004 : Parution de son roman Frein chez Balland, largement inspiré de sa propre expérience de motarde.



2007 : Rouja passe deux mois en Chine, un pays qu'elle souhaite visiter et comprendre depuis des années, marquée par les images des évènements de la place Tian'anmen en 1989. Elle découvre un pays culturellement très différent de la Bulgarie, mais y retrouve aussi beaucoup de similitudes, notamment des façons d'être et des ambiances dues au régime totalitaire communiste.
Ce voyage la décide à écrire sur sa propre expérience communiste, sur son enfance et son adolescence dans un pays muselé par le régime soviétique. Elle retourne alors plusieurs fois en Bulgarie où elle mène une sorte d'enquête sur les changements opérés, matériellement et dans les esprits, depuis 1990. Malheureusement elle constate que la géographie et les villes changent, mais que les mentalités évoluent peu, et que les mafias et les oligarques ont remplacé le parti unique. Rouja veut dénoncer le manque d'autocritique et de recul sur leur pays dont font preuve les Bulgares.



2009 : Parution chez Flammarion de son roman Mausolée, qui fera grand bruit et recevra de très bonnes critiques en France. Rares sont en effet les auteurs bulgares qui parlent sans tabou du passé soviétique de leur pays. Son livre lui vaudra d'ailleurs quelques déboires avec des staliniens français qui continuent à croire au bien-fondé du soviétisme.
D'une façon générale, comme beaucoup de ressortissants de l'ancien bloc de l'Est, Rouja Lazarova peine à comprendre que l'idéal communiste reste si présent en France, notamment chez les intellectuels.



La littérature française compte peu d'auteurs d'origine bulgare, mais ce pays nous a tout de même offert quelques artistes et intellectuels de renom, tels Sylvie Vartan et Tzvetan Todorov. Avec Rouja Lazarova, c'est une nouvelle génération que nous découvrons, une femme tellement bulgare et tellement française à la fois, qui a acquis une maîtrise de la langue française admirable et a déjà vécu différentes vies en France, sans pour autant se détourner de ses origines. Un tel écrivain, plein de désirs de vie et de liberté, ne peut qu'enrichir merveilleusement la littérature de langue française.

Interview: Dennis Pereira-Egan
Texte biographie: Baptiste Chrétien